66,71 km (Total : 2 207,30 km)

571 m D+ (Total : 17 130 m)

Il est presque onze heures lorsque je quitte le camping. Les premiers kilomètres se font sur pistes cyclables car on est toujours dans la banlieue de la capitale. Au fur et à mesure de ma progression, les quartiers habités font place à de grands parcs, très agréables à traverser. La route devient cependant assez rapidement monotone, mais c’est sans doute le prix à payer pour avoir choisi des itinéraires me permettant d’avancer à un rythme acceptable.

Après de longs kilomètres un peu ennuyeux, me voici de retour sur le réseau secondaire : de jolies forêts et des paysages champêtres qui me font un peu penser à la Champagne se succèdent. J’y croise un jeune couple de cyclovoyageurs qui me semblent être en difficulté mais il n’en est rien : ils prennent juste une petite pause. Nous discutons alors, comme souvent lors de ces rencontres, de nos voyages respectifs puis nous nous séparons dans la bonne humeur.

Mon itinéraire m’amène ensuite à Skanssundet pour un passage obligatoire par ferry sur 370 mètres. La personne responsable du placement des véhicules sur l’embarcation commet l’erreur de me faire sortir parmi les premiers, juste après les motos. Les conducteurs qui me suivent sont en conséquence tous bien embêtés de devoir se plier à mon allure. Je me place donc sur le côté dès que possible, afin de laisser passer le flot des voitures pour que chacun puisse retrouver le rythme qui lui est propre.

En fin de journée, je peine à trouver un endroit pour planter ma tente. Par chance, un joggeur qui me croise et me voit à l’arrêt en train de consulter mon smartphone me demande si tout va bien, puis me signale deux ou trois endroits accueillants dans les environs, pour enfin me proposer la solution la plus facile : planter ma tente dans son propre jardin, qui n’est qu’à quelques dizaines de mètres d’où nous sommes. Je le remercie chaleureusement pour son hospitalité qui tombe à pic, puis m’installe confortablement dans la zone la plus plate de sa propriété, en bordure d’une petite route au trafic quasi inexistant.

92,49 km (Total : 2 140,59 km)

600 m D+ (Total : 16 559 m)

Après la pluie incessante de la veille, je m’attendais naïvement à une accalmie, mais il n’en a rien été : il a plu toute la nuit aussi. Résultat : le terrain est spongieux, et il va falloir que je remonte mon équipement sous la pluie battante. Pas trop grave pour les sacoches vu que je peux les fermer avant de les monter sur le vélo, mais pour la remorque, c’est autre chose… : il faut en effet la maintenir ouverte au moins le temps d’y ranger mon matériel, qui peut ainsi se retrouver trempé en un rien de temps ! Je procède donc le plus rapidement possible, puis prends le départ avec mes vêtements secs. Ça a duré 10 petites minutes. L’eau s’infiltre partout, bien plus rapidement que la veille. Il va bien falloir m’en accommoder…

Vers midi, j’arrive dans une petite ville : Knivsta. J’espère bien y trouver une pizzeria/kebab comme il y en a partout en Suède. J’arrive devant la première : fermée. Je me dirige tant bien que mal – il y a des travaux partout – vers une autre, où on me dit que l’on n’accepte que le cash. Que je n’ai bien sûr pas. Je renonce assez rapidement à rester dans cette petite ville décidément bien hostile, et reprends la route pour une nouvelle petite dizaine de kilomètres avant d’arriver à Märsta, où je tombe rapidement sur un restaurant indien dans lequel je m’engouffre. Très bon choix : tout était délicieux (et pas cher). En sortant, je m’aperçois que mes chaussures sont percées… Il faut donc que j’en trouve des nouvelles assez vite. Par chance, un magasin de vêtements techniques se trouve dans la même ville : j’y achète donc la paire de chaussures qui va succéder à mes bonnes vieilles Decathlon.

Peu de temps après, j’arrive dans la banlieue de Stockholm. Le trafic y est très important. C’est normal, c’est la capitale. Le réseau routier « vélo », là aussi, est très développé. On traverse la ville sans jamais quitter les pistes cyclables. Mais le nombre de cyclistes est hallucinant : il est difficile de s’arrêter pour prendre une photo, par exemple. Ce qui m’aurait pourtant bien fait plaisir puisque la pluie a enfin commencé à se calmer.

En sortant de Stockholm, je remarque un véhicule ressemblant étrangement au « panier à salade » de Citroën, mais en version moderne. En y regardant de plus près, je comprends qu’il s’agit de l’échoppe ambulante d’un boulanger. Je décide donc de m’y arrêter pour y commander deux ou trois pâtisseries, et la conversation s’engage avec le marchand qui semble épaté par mon projet. Je lui explique que j’ai été attiré par son véhicule, et je cite le surnom que l’on donne en France à son prédécesseur, ce qui a l’air d’amuser beaucoup mon interlocuteur. Nous parlons alors de cinéma français des années 70, et apparemment enchanté de notre rencontre, il décide de m’offrir un « pain au levain » (en français dans le texte) qui s’avérera absolument délicieux.

J’arrive ensuite à Skärholmen dans un camping urbain (on est toujours dans la banlieue de Stockholm) : le Bredäng Camping Stockholm, bien plus développé que celui d’Uppsala, où on me propose une jolie chambre dans une sorte de conteneur (bien) aménagé, à un prix étonnamment bien plus raisonnable que celui d’un stuga.

120,47 km (Total : 2 048,10 km⭐⭐)

441 m D+ (Total : 15 959 m)

L’animal que j’ai le plus croisé depuis le début du périple (indépendamment du moustique, mais ça ne compte pas) est incontestablement la bergeronnette grise. Enfin ça, c’était jusqu’à aujourd’hui. Car depuis ce matin, le petit passereau pourrait bien être détrôné par… la limace. Il pleut tellement qu’elles s’en donnent à cœur joie, il y en a partout sur les routes !

Après une petite dizaine de kilomètres, je fais une halte désormais traditionnelle : je m’arrête dans un ICA (c’est une chaîne de magasins) pour y acheter notamment quelques « semlor » (ce sont des pâtisseries qui ressemblent à des boules de Berlin) à la crème vanille ou à la compote de pommes. Alors que je range dans mes sacoches mes petits achats, j’aperçois un autre cyclovoyageur qui se dirige vers moi. « L’Europe du Nord au Sud ? », me demande-t-il… Assez abasourdi, je réponds que oui. Et mon interlocuteur de préciser qu’on s’est déjà parlé sur Facebook : il s’agit de Manu, qui a une page intitulée « l’inattendu au bout du chemin ». Son projet à lui est de voyager pendant 7 ans ! On se raconte brièvement nos histoires, on échange quelques impressions et expériences, puis nous prenons congé l’un de l’autre tout en nous souhaitant réciproquement le meilleur. Encore une chouette rencontre (et là c’est la première fois qu’on me reconnaît) !

La suite de la journée est beaucoup moins amusante : les kilomètres défilent sur des routes interminables (mais rapides, c’est déjà ça) et monotones, sous une pluie généreuse et incessante qui finit par avoir raison de tout mon équipement imperméable. Imperméable, mais pas étanche : après plusieurs heures d’exposition à la pluie, c’est la capillarité qui finit par gagner. Résultat : veste, gants, pantalon, chaussures, chaussettes, tout est complètement trempé. Je dois donc impérativement trouver un stuga (chalet) pour pouvoir sécher tout ça en une seule nuit, vu que la météo annonce le même temps pour le lendemain.

Je finis par trouver un camping à l’entrée d’Uppsala. C’est un camping « urbain » mais tout à fait correct, et apparemment très calme : le Fyrishov Stugby och Camping. Je choisis le plus petit stuga (qui ressemble au mieux à un abri de jardin, au pire à des cabinets), et j’y fais sécher tant bien que mal mon équipement sur tout ce qui est disponible, avant de filer au lit après cette journée qui aura vu passer le 2 000e kilomètre au compteur.

Une journée de repos avec ses petites habitudes (lessive, entretien du vélo…). J’ai également fait une petite balade le long de la côte où j’ai d’abord vu quelques bernaches nonnettes, puis j’ai été très surpris de croiser de très près un chevreuil, mais aussi des champignons d’une taille impressionnante (des lépiotes élevées, pour être précis).

 

121,59 km (Total : 1 927,63 km)

627 m D+ (Total : 15 518 m)

Ce matin, je me suis levé de bonne heure afin de pouvoir rouler le plus possible même si les conditions ne s’annoncent pas idéales. Les routes sont parfois assez monotones : je roule ainsi une bonne vingtaine de kilomètres le long d’une voie ferrée. Mais au moins il n’y a pas beaucoup de dénivelé.

Au milieu du parcours, je m’arrête à une petite halte touristique qui porte le nom d’Axmar bruk. J’y prends quelques photos vu que l’endroit est plutôt agréable, et j’en profite pour manger un morceau. Comme souvent, mon vélo attire l’attention, et même si j’ai droit aux mêmes questions tous les jours, j’y réponds volontiers.

En fin de journée, le ciel s’éclaircit généreusement, mais je vois bien que la pluie a été abondante dans la zone où je me trouve à présent tant les routes sont encore détrempées. Par chance, j’y ai échappé.

Après un peu plus de 120 kilomètres, et alors que je suis à présent une route côtière typique avec ses pavillons parfois anciens et toujours très photogéniques, j’arrive finalement à Gävle dans un camping de belle taille où je décide de m’installer pour les deux prochaines nuits : le Gävle Camping Engesberg.

65,33 km (Total : 1 806,04 km)

531 m D+ (Total : 14 891 m)

Ce n’était pas la plus belle journée du voyage, aujourd’hui : routes monotones, pluie et vent au programme. Résultat : une soixantaine de kilomètres à tout casser, avant d’aboutir à Enånger dans un camping d’apparence sympathique, mais dont l’hygiène semble assez rudimentaire : le Angersjön Mat & Vildmarkscamping. Je m’étais d’abord préparé à monter la tente (en étant le seul dans ce cas), mais j’ai vite renoncé tant le ciel s’est obscurci rapidement alors que les coups de tonnerre se multipliaient. Je suis bien vite retourné à la réception pour réserver le seul chalet encore disponible. Par chance, c’était à la fois le moins cher et le plus isolé du reste.

Je devais vraiment faire pitié parce que le préposé s’est proposé de m’offrir le repas du soir : une sorte de gratin de pommes de terre avec des tranches de viande en sauce, qu’il emballe dans une barquette de carton aluminisé. Il ne m’a pas fallu bien longtemps pour engloutir le tout, avant de filer au lit.

99,51 km (Total : 1 740,71 km)

935 m D+ (Total : 14 360 m)

Pendant la nuit, je suis réveillé par des visiteurs. Un jeune homme, sans doute surpris par mon vélo devant la porte, braque sa lampe torche dans ma « chambre » puis disparaît très rapidement sur une pétaradante mobylette, après avoir constaté que le stuga était déjà occupé.

J’ai décidé de modifier mon itinéraire pour la dernière partie de la Suède : les longs trajets en montagnes russes sont en effet assez pénibles. Le parcours alternatif que je choisis m’amènera plus près de la côte de la mer Baltique. Quelques kilomètres de plus au total, mais sans doute un peu plus de confort et de diversité de paysages.

La route de la côte (kustvägen) se révèle en effet charmante et variée. Je traverse notamment le très joli village de Mellanfjärden, assez touristique mais sans excès. J’y fais une petite halte pour y manger un morceau, remplir mes gourdes et visiter une boutique d’artisanat local.

Bien que la fin d’après-midi soit radieuse, la météo de cette nuit annonce de la pluie incessante. Je renonce donc à mon idée initiale de bivouac pour me tourner vers un motel pour routiers à Harmånger, à bas prix mais tout à fait correct : le 17 Rum och Kök. Les gestionnaires, d’origine kurde, m’appellent rapidement « my friend » (en roulant les « r »), et me suggèrent d’abriter mon vélo dans le couloir du motel car, m’expliquent-ils, les vols sont fréquents ici en raison de la proximité immédiate de l’autoroute.

Le restaurant est fermé depuis une demi-heure, mais ils me proposent spontanément de me préparer un plat au choix si je le souhaite, ce qui m’arrange décidément très bien.

72,99 km (Total : 1 641,20 km)

974 m D+ (Total : 13 425 m)

C’est sur de jolis chemins de campagne que je parcours les premiers kilomètres de la journée. Sur la route, de très nombreux papillons qui ont l’air de profiter du généreux soleil matinal prennent leur envol à mon arrivée.

Après ces quelques premiers kilomètres enchanteurs, la situation change du tout au tout : les nuages cachent le soleil au moment précis où j’aborde un chemin plus forestier, dont le sol est couvert de ballast : impossible de rester en selle. Comme si ça n’était pas suffisant, j’arrive dans un secteur qui semble avoir souffert durement d’intempéries violentes : de nombreux arbres sont en effet couchés en travers du chemin et rendent le passage très difficile.

Après cet épisode un peu compliqué, me voici dans une zone périurbaine : la ville de Sundsvall s’annonce, précédée de plusieurs villages de banlieue de plus en plus industrialisés. Heureusement, cette traversée n’a rien de pénible car les pistes cyclables sont nombreuses. Il y a même une portion d’un kilomètre ou deux qui se retrouve coincée entre la voie rapide et l’autoroute. La sensation est bizarre, mais je me sens en sécurité.

Avant d’entamer la fin de parcours, je repère, dans la zone où j’arriverai en soirée, un « stuga », qui est le nom suédois de ces petits abris destinés aux voyageurs. Celui que je vais occuper dispose de deux pièces, et fait partie intégrante de la réserve naturelle de Grensforsen, dans la commune de Tunbyn.

Je choisis la plus petite pièce et y installe mon campement après avoir visité les alentours : un joli petit barrage sert notamment de lieu de pêche, qui est autorisée en aval de la réserve.

84,55 km (Total : 1 568,21 km)

1 090 m D+ 🥉 (Total : 12 451 m)

Après une nuit orageuse qui fait place à un joli ciel rose, je profite d’abord des premiers rayons de soleil pour faire sécher tout ce qui peut l’être : mon matelas, mon sac de couchage et (sans trop de succès) ma tente. Les deux couples de camping-caristes sont également réveillés, mais sont juste occupés à prendre leur petit déjeuner, ce en quoi je les imite en me préparant un bon café avec quelques fruits secs. Un peu juste mais on fera avec…

Après deux kilomètres à peine, je suis attiré par une vieille maison blanche : c’est une petite boutique qui propose du café et de quoi grignoter dans un joli cadre, mais aussi une galerie d’exposition et un espace de coworking. Le tout est tenu par Nils, qui est Allemand, au moins quadrilingue, et d’une gentillesse incroyable. Il me parle en français, et traduit aux visiteurs du moment, intrigués par mon vélo, quelques phrases à mon sujet, en suédois et en anglais. Pour faire découvrir son univers, Nils a créé un site web qui présente son concept : www.nordingrakonstby.se.

Comme les jours précédents, je modifie largement mon itinéraire pour éviter cette fameuse E4, et surtout un pont effrayant de 2 kilomètres de long. Encore une fois, plus de 20 kilomètres de supplément, mais cette fois, c’est sur route. La route en question longe la côte d’assez près, ce qui a pour effet de donner à mon itinéraire des allures de montagne russe. Résultat : un dénivelé de plus de 1 000 mètres.

Pour ne pas me retrouver le bec dans l’eau en fin de journée, je repère à l’avance un camping qui pourra m’accueillir en soirée. Au prix d’un nouveau petit détour, j’arrive finalement dans un tout petit camping à l’ambiance familiale (Antjärns Camping och Stugby), où tout le monde ou presque parle allemand. Les deux propriétaires, l’excentrique Felix et la souriante Sandra sont en effet d’origine germanique.

Encore une fois, j’ai bénéficié de la grande gentillesse de mes hôtes, puisqu’ils proposent de m’offrir le repas du soir : une délicieuse soupe maison accompagnée de grosses tranches de pain gris.

84,16 km (Total : 1 483,66 km)

1 069 m D+ (Total : 11 361 m)

Après une journée de repos bien agréable, je reprends la route. J’ai très nettement modifié l’itinéraire proposé par Komoot aujourd’hui : pas question en effet de passer par l’E4. On peut se demander pourquoi cette route à grande vitesse est proposée par les applications dédiées au cyclisme. Eh bien c’est parce qu’il est parfaitement autorisé pour les vélos de s’y déplacer ! Elle fait même partie de l’Eurovélo 7, sauf lorsqu’elle devient une véritable autoroute en fin de circuit, quand on arrive dans le sud de la Suède.

Pas d’E4, ce sont donc pas moins de 40 kilomètres de routes en gravillons qui m’attendent, avec des dénivelés copieux.

La route est magnifique : nature plus sauvage (je m’attendais un peu naïvement à voir mon premier élan au détour d’un chemin, mais il n’en a rien été), peu de circulation (même si assez bizarrement, en pleine forêt, je croise – ou suis dépassé – par quelques très gros camions : je longe en effet une zone de chantier d’éoliennes).

Un détail me frappe aujourd’hui : presque chaque maison possède, dans son jardin, un haut mât destiné à hisser le drapeau national.

En fin de journée, ni camping ni abri en vue… Ce sera donc du bivouac pur et dur. Ça me rassure peu, sachant que de l’orage est annoncé. Le ciel commence d’ailleurs à se couvrir de nuages magnifiques mais de plus en plus menaçants.

J’arrive finalement sur une zone de pique-nique : le Järesta rastplats. Deux camping-cars y sont déjà installés : l’un, très moderne, est occupé par deux personnes assez âgées, tandis que l’autre, plutôt « vintage », est habité par un jeune couple accompagné d’un grand chien.

La pluie se met à tomber au moment précis où je commence à monter ma tente. Je termine donc mon installation dans la précipitation (c’est le cas de le dire), avant de m’endormir avec quelque difficulté.

Retour des corvées des jours de repos : lessive, courses, vérification du vélo, recharge des batteries pour mon smartphone et mon appareil photo… plus séchage intensif de tout ce qui a pris l’eau la veille (et petite balade à pied).

144,76 km 🥇 (Total : 1 399,50 km)

1 037 m D+ (Total : 10 292 m ⭐)

Il n’a plu qu’une seule fois aujourd’hui. Mais ça a duré toute la journée. De quoi mettre à rude épreuve mon équipement de protection (veste, surpantalon, couvre-casque, gants) mais aussi mes chaussures et mes chaussettes.

Je traverse d’abord la ville d’Umeå, en empruntant tout un réseau de pistes cyclables. J’arrive ensuite dans une zone forestière, où la pluie ne fait qu’empirer.

Je m’arrête complètement trempé dans la petite ville de Nordmaling où je mange goulûment une… pizza béarnaise. C’est très curieux, mais pas mauvais du tout. J’apprendrai plus tard que c’est une sorte de spécialité suédoise, et les prochains jours le confirmeront.

Sur la route détrempée, voilà que j’aperçois des tas de petits cailloux pointus. C’est d’autant plus étrange que certains se mettent à sautiller ! Ce sont en fait de tout petits crapauds, et il y en a des centaines, ce qui m’oblige à louvoyer de temps en temps afin de ne pas en écraser.

Un peu plus tard, comme si les conditions météorologiques ne suffisaient pas, voici le retour de la fameuse E4. Mais là, pas d’itinéraire « bis » disponible. Je décide donc de la longer, pour un kilomètre ou deux, en marchant derrière le rail de sécurité. C’est relativement pénible, les herbes étant hautes et mouillées. J’arrive enfin à une zone où il est possible de traverser cette E4, mais par un chemin interdit. Au point où j’en suis, je passe. Et ça commence à grimper, mais grimper… Après 8 kilomètres, j’arrive enfin sur une vraie route. Mais il est déjà 21h30, et je dois arriver en théorie avant 22 heures à Överhörnas, au camping que j’avais repéré en préparant mon itinéraire sans trop faire attention à la distance réelle, et auprès duquel j’avais réservé par mail. Impossible d’être là dans les temps. Je téléphone donc au camping en question, où on me promet de réserver un petit chalet à mon nom, peu importe l’heure d’arrivée. Et en effet, à 23h15, après avoir roulé plus de 140 kilomètres, je suis accueilli au Överhörnas camping par Matias et Jens, qui m’offrent très gentiment à boire avant de me donner les clés du chalet.

Je déballe tout ce qui est humide (c’est à dire à peu près tout), que je dispose çà et là pour faire sécher, puis je m’endors comme une masse. Ce n’est que le lendemain que je prendrai réellement conscience de la distance parcourue aujourd’hui, ainsi que du franchissement des premiers 10 000 mètres de dénivelé au total.

131,34 km 🥈 (Total : 1 254,74 km)

977 m D+ (Total : 9 255 m)

Un réveil de rêve, ce matin : j’avais installé mon matelas à même le sol, contre la baie vitrée du petit chalet, afin de ne rien perdre du spectacle des premières lueurs du jour. Et je n’ai pas été déçu : une petite nappe de brume couvrait le lac pour quelques heures encore, les oiseaux chantaient, des grues au loin signalaient leur présence par des cris tonitruants tandis que le soleil montrait ses tout premiers rayons.

Je me mets en route assez tôt, après avoir soigneusement rangé mon lieu d’accueil improvisé et après un petit déjeuner rudimentaire mais costaud.

Je rencontre assez rapidement un sympathique couple de cyclovoyageurs hollandais qui s’est lancé dans un trajet mer Baltique – Norvège, avant de m’arrêter à Ånäset dans une petite station-service locale pour y manger quelque chose, peu avant midi. En face de la station, une étrange sculpture : un osthyvel (rabot à fromage) géant ; c’est une sorte de fierté nationale, même si l’origine de cette invention est plutôt norvégienne.

Je traverse ensuite quelques charmants villages, dont l’un propose un gîte gratuit pour la nuit comme j’ai à présent l’habitude d’en voir et d’en fréquenter. Malheureusement, il est encore un peu tôt. Je décide donc de poursuivre ma route, après avoir fait le plein de mes bidons.

Mon itinéraire me propose alors de passer par la E4, que je déteste. Parfois à deux bandes, parfois à quatre, toujours à grande vitesse et avec un important trafic. Ici de surcroît, elle est en travaux. Je choisis donc de prendre un itinéraire alternatif, un peu plus long mais nettement plus agréable et sécurisant.

En fin de parcours, alors que l’heure tourne, je rencontre des difficultés à trouver un endroit où passer la nuit. Je continue donc de rouler à vitesse soutenue alors que j’ai déjà plus de 100 kilomètres dans les jambes, jusqu’à ce que je trouve enfin un camping, à Umeå.

Le First Camp Umeå semble plutôt bruyant, mais dès 22 heures (soit 10 minutes après mon arrivée), tout est bien calme, au point de me faire culpabiliser parce que je plante mes piquets de tente en faisant un tout petit peu de bruit…

68,58 km (Total : 1 123,40 km)

491 m D+ (Total : 8 278 m)

Ma remorque (une TZC Globetrotter 140) est vraiment bien conçue : très solide, centre de gravité très bas, monoroue, et 100% étanche. Enfin plus exactement : 99%. Elle a en effet une petite faiblesse au niveau de la serrure, qui laisse passer l’eau en cas de fortes pluies. J’ai donc bricolé un système qui protège ladite serrure, avec un petit couvercle en plastique d’une ancienne boîte de film argentique. Ce matin, impossible de retrouver ce fameux couvercle. Plutôt embêtant puisque les films argentiques ne sont pratiquement plus en vente. Je me mets donc à chercher en ratissant visuellement la zone dans laquelle j’aurais pu l’égarer. Un petit garçon d’une dizaine d’années m’interpelle en suédois mais je lui réponds que je ne comprends pas. Il enchaîne directement en anglais pour me dire : do you need help ? Je lui explique brièvement la situation en donnant une description de l’objet à retrouver, ce à quoi il répond simplement ok puis disparaît… Tout ça pour ça, me dis-je. Mais voilà qu’il revient, accompagné de ses parents et d’un couple d’amis ! Et tout ce joli monde se met à chercher frénétiquement mon précieux petit couvercle, bien que j’explique – un peu gêné – que c’est très gentil mais que ce n’est pas si important que ça. Et puis hop ! l’un des deux messieurs brandit le précieux opercule, que j’avais apparemment déposé machinalement en hauteur sur un petit surplomb de bois. Remerciements intenses, gentils mots d’adieu puis chacun reprend sa vie, simplement.

L’itinéraire du jour annonce la traversée d’une ville assez importante : Skellefteå. J’appréhende un peu ce passage, mais tout se déroule sans le moindre souci, tant le réseau de pistes cyclables quadrillant la ville est parfait. Le hasard de mon parcours me fait découvrir une scène plutôt insolite : un bus, en parfait état (de propreté en tout cas) se trouve au beau milieu d’un champ. Pas de route pour y arriver, pas même de trace de passage dans les hautes herbes et pourtant il est bien là. Mystère…

Alors que j’avais prévu de rouler une petite quinzaine de kilomètres de plus, mon regard est attiré par une petite cabane en bois jouxtant une jolie étendue d’eau, juste avant d’arriver à Svarttjärn. Vu qu’elle a une cheminée, c’est plutôt bon signe… Je descends donc jusqu’à cette maisonnette et je découvre le côté non visible de la route : une grande baie vitrée (double vitrage !) qui donne sur le lac. La porte n’est pas cadenassée, je rentre donc pour découvrir une petite zone où il est possible de manger, un sauna (!) et des toilettes sèches. Le tout en plutôt bon état et assez propre. Comme à mon habitude à présent, j’observe pendant une petite heure pour voir comment le lieu « vit », puis décide finalement, même s’il n’y a pas de chambre à proprement parler, de m’y installer confortablement pour une nuit qui s’annonce très belle.

78,42 km (Total : 1 054,82 km ⭐)

503 m D+ (Total : 7 787 m)

Alors que le lac devant lequel je suis installé grouillait d’oies de différentes espèces hier soir, ce matin il n’y en a pas une seule. Au fur et à mesure de l’avancement de la matinée, elles reviennent cependant petit à petit, par groupes de différentes tailles.

Au début du parcours du jour, je passe devant un arrêt de bus derrière lequel se trouve un vélo. Ce n’est pas la première fois que je vois ça, j’imagine que c’est un confort que s’offrent certains usagers dont le domicile se trouverait trop loin de l’arrêt où le bus les dépose.

Mon itinéraire m’amène assez rapidement sur une large route en terre et gravillons, mais je commence à en avoir l’habitude. Tant qu’il n’y a pas de cailloux de trop grande taille, ça passe. Et là ça passe même agréablement : pas une seule voiture sur des kilomètres, la seule rencontre sur le chemin est celle d’un lièvre pas plus effrayé que ça de m’apercevoir.

J’arrive bientôt devant deux ou trois maisons en bois, un peu de guingois comme je les aime. Puis d’autres apparaissent ensuite, toutes d’un charme fou. Il s’agit en fait d’un véritable village, qui porte le nom de Öjeby Kyrkstad. C’est visiblement la « vieille ville » d’une autre plus moderne : Öjebyn. C’est là que je prends mon repas de midi, avant de repartir sur les routes, ou plus exactement les pistes cyclables. Elles vont en effet se succéder pendant des kilomètres. La présence d’un pont haubané sur une de ces pistes a de quoi étonner, mais ça en dit long sur l’importance que la Suède accorde au vélo et à ses usagers : les infrastructures destinées aux cyclistes bénéficient visiblement de budgets et d’investissements sérieux.

Quelques kilomètres encore, et je franchis le cap symbolique des 1 000 premiers kilomètres ⭐.

À un carrefour, je suis attiré par un joli loppis (petite boutique de type brocante) qui arbore curieusement un panneau faisant la publicité de crème glacée. Je m’y arrête, et une très gentille dame me dit qu’en complément de sa boutique de vêtements de seconde main, elle a installé dans son propre jardin une petite terrasse pour les gens de passage, où il est possible de prendre un café tout en dégustant une pâtisserie. Ce que je ne prive pas de faire, tant l’endroit est charmant.

Petite parenthèse : en temps normal, je mange très rarement des pâtisseries et autres sucreries, mais depuis que je suis sur les routes dans ces conditions inédites pour mon métabolisme, je m’en régale et j’en redemande.

À quelques kilomètres de la fin prévue, j’aperçois quelqu’un qui me fait des grands signes : c’est un jeune cycliste voyageur, accompagné de deux jeunes filles au vélo bien chargé caractéristique des cyclovoyageurs. Il est Allemand, elles sont Finlandaises et viennent juste de se rencontrer, tous trois ont envie de sympathiser entre eux mais aussi avec moi. Ils m’expliquent que le genre d’endroit où nous nous trouvons en ce moment (un abri en bois) est typique de la Suède et de son accueil des voyageurs. Je le savais déjà mais je n’en dis rien. Ce qui est nouveau pour moi en revanche, c’est que certaines de ces zones d’accueil, comme celle-ci, sont parfois équipées d’un robinet d’eau potable. J’en profite pour faire le plein de mes gourdes, puis reprends ma route après avoir pris congé de mes sympathiques hôtes.

J’arrive enfin dans la petite ville de Byske, où je décide de m’installer dans un camping (le Byske Havsbad), ce sera l’occasion de prendre une bonne douche chaude et de faire un peu de lessive et de vaisselle vu qu’il n’est pas si tard.

67,37 km (Total : 976,40 km)

330 m D+ (Total : 7 284 m)

Aujourd’hui, je ne commets pas l’erreur d’il y a quelques jours : je prends un solide petit déjeuner. Un œuf dur, une pomme, un kanelbulle (la version suédoise de la brioche sucrée à la cannelle) acheté la veille, un biscuit protéiné au beurre de cacahuètes, et surtout… un aligot aveyronnais réhydraté : c’est une ration lyophilisée – dite « de survie » – de la marque MX3 Aventure, objectivement délicieuse et très convaincante.

Mon parcours du jour m’amène assez vite sur une piste cyclable. Le bonheur. En Suède, pour ce que j’en ai vu jusqu’à présent, ces pistes sont plutôt larges, bien entretenues, et suffisamment séparées des routes réservées au trafic routier classique. On en voit dans toutes les agglomérations, même de moyenne importance.

Sur ma route, j’ai croisé plusieurs fois d’énormes voitures américaines anciennes, et ce n’est pas la première fois. À croire qu’il y a un véritable engouement pour ce type de véhicule dans ce pays.

À noter également pour aujourd’hui : c’est la toute première journée où je ne croise pas un seul renne.

En fin de parcours, je m’installe à Norrfjärden, dans une sorte de petit parc à côté d’une étendue d’eau magnifique où vivent de nombreuses colonies d’oiseaux, principalement des oies.

Alors que je suis à peine installé, et avant même que je ne m’attaque au montage de ma tente, je reçois de la visite : c’est Lina, une cyclotouriste suédoise qui a été attirée par mon étrange équipage, visible depuis la route. Nous papotons longuement, elle a plein de choses à raconter sur tout et n’importe quoi, mais elle est très drôle. Une chouette rencontre.

105,87 km (Total : 909,03 km)

722 m D+ (Total : 6 954 m)

Grand soleil ce matin, mais aussi grand vent. Après quelques kilomètres de piste cyclable, j’aboutis sur une route de moyenne importance, un peu trop fréquentée à mon goût. Lorsque Komoot me propose un chemin de traverse sous la forme d’une piste en terre, je ne dis pas non. Elle a l’air régulière, sans trop de cailloux. Mais au bout de quelques kilomètres, le calibre des cailloux change : ils ressemblent à présent à du ballast de chemin de fer. De quoi faire sauter ma chaîne trois fois. Ce n’est pas difficile à réparer, mais c’est fastidieux : pour accéder à la chaîne, il faut en effet d’abord immobiliser le vélo. Et pour ça, je dois utiliser la béquille de la remorque. Que je ne peux actionner que s’il n’y a pas trop de poids qui porte sur la tringle qui relie la remorque au vélo. Or les sacs rouges sont diablement lourds, particulièrement ceux de l’arrière : je dois donc à chaque fois les déposer, puis les replacer (comme le matelas, d’ailleurs) dès que mon petit travail est terminé.

D’humeur un peu maussade, je m’aperçois un peu par hasard qu’un message m’attend sur Messenger. Je profite d’une pause pour l’ouvrir : ce sont les résidents du Château Vert qui m’ont fait une petite vidéo d’encouragement très sympa et très touchante, qui me redonne un moral d’acier.

Un peu plus tard, Komoot me propose un nouveau chemin de terre sur plus de 20 kilomètres, assorti d’un dénivelé déraisonnable. Je décide donc de remercier mon planificateur d’itinéraire et de n’en faire qu’à ma tête. J’ai été bien inspiré puisque j’arrive assez rapidement au bord d’un magnifique lac au bord duquel une sorte d’abri accueille les voyageurs de passage. J’y remarque notamment une scie et une hache en dépôt, signes du respect que les Suédois ont pour ce genre d’infrastructures.

Quelques kilomètres plus loin, j’aboutis à ce qui ressemble assez furieusement à une autoroute. Ce n’en est pas une, mais les automobilistes n’ont pas l’air de le savoir : ils roulent à des vitesses de dingue, sans faire attention à moi plus que ça. Je décide donc de quitter cet enfer au plus vite, quitte à allonger mon parcours.

Et allongé, il l’est puisque de 85 kilomètres prévus au départ, j’aboutis finalement à 105. C’est donc fourbu que je passe la nuit dans un sympathique petit refuge en bois découvert complètement par hasard.

Après une bonne nuit réparatrice, je m’attaque aux « corvées » des jours de repos : lessive, courses, vérification du vélo, recharges, rédaction de quelques textes destinés au blog www.nt2021.be et aux réseaux sociaux, tri des photos, préparation des itinéraires des quelques jours suivants… avant de me préparer à repartir en direction de la mer Baltique, que je prévois de longer pendant quelques centaines de kilomètres.

62,34 km (Total : 803,16 km)

279 m D+ (Total : 6 232 m)

Il a plu une bonne partie de la nuit. Au réveil, le temps semble sec mais il va falloir que j’attende un moment que la tente puisse un peu sécher.

Mon voisin de camping semble pour sa part toujours bien endormi… Hier, il a préparé son repas en coupant ses légumes directement sur un banc en bois. Je décide donc de lui laisser ma planche à découper : il en aura certainement un meilleur usage que moi, qui ne m’en suis pas encore servi.

Mon petit déjeuner était sans doute un peu trop léger : j’éprouve de la fatigue dès les premiers kilomètres. Il s’agit donc de trouver rapidement un endroit où je pourrai me préparer un vrai repas et un vrai café. Mais cet endroit tarde à venir : les parkings ont beau être très nombreux, les infrastructures de type pique-nique sont rarissimes, pour ne pas dire inexistantes.

À un moment, mon planificateur d’itinéraire Komoot me propose une route en terre un peu caillouteuse. Ce n’est pas du tout ce que je préfère mais si c’est pour quelques kilomètres, pourquoi pas ? D’autant plus que les premières centaines de mètres se font sur de la terre assez ferme. Mais bientôt les premiers cailloux arrivent, et mon équipage n’accroche pas : les roues glissent souvent sur des pierres de taille moyenne, ce qui rend la conduite inconfortable et fatigante. En vérifiant l’itinéraire de mon application, je me rends compte que cette route risque de se prolonger pendant près de 40 kilomètres ! Impensable. J’opère donc un demi-tour pour regagner la route classique. 4 kilomètres de perdus, mais sans regret.

Un panneau géant indiquant que je sors du Cercle polaire fait bientôt son apparition. Au même niveau, une sorte de complexe touristique à l’abandon me semble l’endroit idéal pour me préparer un repas chaud. Seul un renne presque blanc fréquente les lieux. Il ne faut pas 10 minutes pour qu’une famille sortant d’un camping-car décide de visiter la place à son tour, troublant quelque peu ma quiétude. D’autant plus que le père de famille décide d’engager la conversation. Je réponds à ses questions, et il me souhaite bon courage pour la suite, ce pour quoi je le remercie, avant d’enfin me préparer ce fameux café. J’ai en la matière des goûts de luxe puisque je me prépare du café Illy dans une petite cafetière à expresso Bialetti.

Après 6 jours de route, il est temps de m’accorder à nouveau un jour de repos complet pour faire la lessive, recharger les batteries (au sens propre comme au sens figuré), faire quelques courses et prendre une douche digne de ce nom.

Mon itinéraire m’amène dans une petite ville dont le nom sonne comme celui d’un personnage d’Astérix : Överkalix, où je trouve rapidement le camping municipal qui porte naturellement le nom d’Överkalix camping. Malheureusement, il n’y a plus de chalet individuel disponible, mais la dame de l’accueil me propose gentiment une belle réduction sur un chalet familial situé au bord d’un grand lac paisible, où deux ou trois pêcheurs se livrent à leur activité favorite face au soleil couchant.

87,48 km (Total : 740,82 km)

444 m D+ (Total : 5 953 m)

C’est sur une piste cyclable que je parcours les 7 premiers kilomètres. Un peu cabossée par endroits, mais bien plus agréable que la route parallèle, assez fréquentée, de la petite agglomération de Kolari. Ces sept kilomètres sont aussi les derniers que je parcourrai en Finlande : la frontière suédoise marque la fin de la piste, au moment de traverser le pont sur la rivière Muonionjoki.

La grande majorité du parcours se fait sur une route large, en excellent état, avec peu de trafic. Je croise de temps en temps quelques rennes.

Pour le repas de midi, je m’arrête dans la petite ville de Pajala, puis reprends ma route. Un panneau annonçant des travaux me fait craindre la même épreuve que la veille mais il n’en est finalement rien : il s’agit d’un raclage de route sur un peu moins d’un kilomètre. Comme c’est en montée, mon dérailleur fait un petit caprice et fait sauter ma chaîne lors d’un passage de vitesse un peu mouvementé : je termine donc les 100 derniers mètres de cette piste de terre à pied. Un peu plus loin, les travaux reprennent, mais je suis épargné : une piste cyclable en bon état longe en effet la route pendant quelques kilomètres.

Pour la nuit, je décide de me poser dans une grande clairière, quelques kilomètres après le village de Korpilombolo. Comme d’habitude, je prends pas mal de temps pour inspecter les lieux. Tout a l’air idéal. Mais voilà que je découvre un peu par hasard une crotte près de l’endroit que j’ai choisi. N’ayant aucune idée de l’animal ayant déposé la chose, je finis par abandonner l’idée de m’installer, étant donné que la région est censée être fréquentée par des ours !

Je reprends donc la route pour quelques kilomètres, et c’est à Teurajärvi que je m’arrête finalement, sur une petite zone de pique-nique déjà occupée par Michiel, un autre voyageur à vélo originaire des Pays-Bas, et deux jeunes garçons qui se livrent à la pêche : la zone borde en effet un magnifique lac.

91,60 km (Total : 653,34 km)

565 m D+ (Total : 5 509 m)

Au beau milieu de la nuit, je suis réveillé par des bruits tout près de ma tente : de toute évidence, il y a du mouvement. Je prends mon courage à deux mains et décide d’aller voir. Je m’habille en vitesse mais assez sommairement puis ouvre rapidement les deux fermetures éclair de la tente, ce qui produit un bruit qui a pour effet d’effrayer un peu mes visiteurs : deux rennes qui passaient par là sans la moindre discrétion. J’en suis quitte pour une petite frayeur…

Au « vrai » réveil, le temps s’est dégradé : je démarre donc dans une relative fraîcheur. Qui s’accentue assez rapidement puisqu’à la première occasion, je dois m’arrêter pour enfiler mon surpantalon et mes gants Gore-Tex.

Après quelques kilomètres, je vois un panneau indiquant qu’on sert du café, quelle aubaine ! Je fais donc un petit détour de 800 mètres pour finalement me retrouver devant un établissement fermé… Mais une très gentille dame qui était occupée à préparer l’ouverture prévue un peu plus tard m’offre, à défaut de café, deux délicieuses pâtisseries à base de pommes.

Quelques kilomètres plus loin, je décide de m’arrêter dans une zone de pique-nique afin d’y faire mon café moi-même. Il y a beaucoup de visiteurs, la plupart sont des randonneurs en famille. Plusieurs d’entre eux, intrigués par mon vélo, me posent quelques questions sur mon voyage. Les kilomètres s’enchaînent ensuite dans un froid relatif, en traversant de nombreuses forêts de conifères.

Arrivé dans la ville d’Äkäslompolo, j’aperçois un restaurant, où je pense d’abord demander uniquement s’il serait possible de remplir mes gourdes, mais finalement, je m’attable et commande un peu au hasard un lapin leipäjuusto, qui s’avère être absolument fantastique : c’est du fromage finlandais cuit dans un petit caquelon en fonte très chaud, sur lequel on a versé de la glace vanille, un peu de crème de lait et de la confiture de plaquebière, un petit fruit des régions du nord. C’est donc bien ragaillardi que je reprends la route.

À une vingtaine de kilomètres de Kolari, un chantier impose une déviation d’une dizaine de kilomètres en empruntant une piste de terre rocailleuse : l’étape sera donc plus longue — et moins confortable — que prévu !

Pour la nuit, je m’arrête à un premier camping, où on me fait clairement comprendre que je ne suis pas le bienvenu, alors que les places abondent. En allant lire les commentaires à propos de cet endroit, je constate que les avis sont unanimes : ce camping est tenu par un couple de vieux racistes. Une quinzaine de kilomètres plus loin, je vois un nouveau panneau annonçant un camping, mais la dame m’explique qu’il n’est pas permis d’y installer des tentes, et elle en a l’air sincèrement désolée : le « camping » consiste en réalité en une suite de cinq ou six chalets destinés, en hiver surtout, aux consommateurs de son restaurant, le Kolarin Burger & majat. Elle me propose fort opportunément un petit chalet, ce que j’accepte, l’heure étant déjà bien avancée et mes chances de trouver autre chose quasi nulles. Et tant que j’y suis, je décide de goûter un de ses plats (je choisis complètement au hasard le lihapullat muusilla : il s’agit de boulettes de viande accompagnées de purée et d’une salade de cornichons en dés) : c’est réellement délicieux, pour un prix dérisoire.

Contrairement à ma rencontre précédente, ce sont des gens gentils et bienveillants. Et très organisés, aussi : son mari profite du moment du repas pour préparer à son aise le chalet qui va m’accueillir pour la nuit, tout en dégageant une place à l’arrière pour que je puisse y laisser mon vélo et ma remorque à l’abri des regards.

110,37 km (Total : 561,74 km)

649 m D+ (Total : 4 944 m)

Il est presque midi lorsque je quitte le camping. Avant de prendre la route, je fais quelques emplettes à la supérette, où j’achète notamment du cœur de renne séché emballé sous vide, découpé en petits morceaux à grignoter. On verra bien…

Vers 13 heures (la Finlande a une heure de plus par rapport à la Norvège), je goûte ce fameux renne séché : délicieux ! Un peu salé, mais très addictif : une fois qu’on commence, c’est dur d’arrêter…

Ma route me mène à un important carrefour, où une piste cyclable apparaît, mais malheureusement pour une distance un peu trop courte à mon goût. Comme je me sens plutôt en forme, les kilomètres s’enchaînent. Conséquence : la fringale ne tarde pas à se manifester. Par chance, un établissement mi-café mi-boutique de souvenirs s’annonce par un panneau assez racoleur : 1 café + 1 pâtisserie : 1 euro. Juste en face, un établissement similaire propose le même genre de formule, ce qui explique sans doute le prix ridiculement bas. Je commande donc une appétissante pâtisserie en pâte feuilletée, fourrée pour moitié de confiture et pour moitié de crème anglaise. Parfait avec le café pour reprendre des forces rapidement. Tellement parfait que je commande exactement la même chose quelques minutes plus tard.

Pour la nuit, je galère pour trouver un camping. Ce sera donc bivouac. Oui mais voilà : je suis dans une zone suburbaine… Je vais donc devoir ajouter quelques kilomètres au compteur pour trouver un endroit au calme ! J’arrive d’abord dans une espèce de village de sports d’hiver, complètement désert ou presque. Tentant, mais risqué. Je traverse alors la route pour me retrouver dans une succession de chemins rocailleux. Je vois sur Google Maps que l’un d’entre eux se poursuit en cul-de-sac quelques dizaines de mètres après une habitation. Et quelle habitation ! Une splendide villa au beau milieu des bois, qui semble inoccupée pour le moment. Après l’avoir dépassée (et photographiée), j’arrive à une clairière qui me paraît parfaite. C’était sans compter sur une présence importante de fourmis plutôt agressives mais tant pis : il est vraiment trop tard pour encore chercher, et je suis bien assez fatigué comme ça.

Pour la première fois depuis le départ, j’ai dépassé la distance symbolique des 100 kilomètres pour une étape.

99,65 km (Total : 451,37 km)

695 m D+ (Total : 4 295 m)

Ce matin, je décide de prendre la route assez tôt : je n’arrive plus à dormir. Mais en gagnant la route, je m’aperçois qu’une autre tente a été dressée par un couple de motards, à quelques dizaines de mètres à peine de la mienne ! Je n’ai rien entendu de cette installation, voilà des voyageurs discrets comme je les apprécie. Mais la qualité de mon sommeil est peut-être aussi bien meilleure que ce que j’imaginais…

La route est quasi semblable sur des dizaines de kilomètres, mais heureusement c’est très joli à voir : ce sont les abords de la taïga, dont les caractéristiques me font penser à la pampa argentine.

Je rencontre encore une fois un voyageur à vélo, avec qui je papote quelques minutes : Julius est Allemand, très grand et manifestement très costaud. Il m’annonce en effet parcourir plus de 150 kilomètres chaque jour ! Il espère, à ce rythme-là, être au Cap Nord le surlendemain… Je l’avertis quand même que les conditions météorologiques, dès qu’on a passé la ville d’Alta, sont très différentes et peuvent être très hostiles, mais il n’en a cure et ne doute de rien, en tout cas certainement pas de lui. Je lui souhaite d’arriver dans les délais qu’il s’est fixés, puis nous reprenons chacun notre route.

Pour la nuit, je choisis le camping Galdotieva à Leppäjärvi, en Finlande. À 350 mètres près, j’aurai parcouru près de 100 kilomètres aujourd’hui mais le plus notable est que j’ai passé la toute première frontière de mon voyage. C’est l’occasion d’apposer l’autocollant du tout premier drapeau sur ma remorque : celui de la Norvège, qui est à présent symboliquement derrière moi.

83,37 km (Total : 351,72 km)

879 m D+ (Total : 3 600 m)

Beaucoup de changements aujourd’hui : mon bagage est plus léger, les zones (et les conditions) arctiques sont derrière moi, et le vent a fait place à un soleil doux et généreux : c’est d’ailleurs la première fois que je peux laisser mon coupe-vent et mon surpantalon dans mes bagages, pour leur préférer une tenue cycliste classique, avec le maillot à manches courtes « Nordkapp-Tarifa 2021 » que j’ai fièrement créé pour l’occasion.

La route est très belle, et le dénivelé important du jour ne gâche pas mes impressions : la conduite est nettement plus fluide que les jours précédents (contrairement au trafic, mais on ne peut pas tout avoir). À midi, je m’arrête sur une zone de pique-nique où un couple assez âgé ne tarde pas à débarquer à son tour. Un tout petit chien noir sort de leur voiture et se précipite vers moi, pour faire la fête. Il décide ensuite de se reposer juste devant mon vélo, ce qui ne perturbe visiblement pas ses propriétaires.

En cours de route, la fringale s’annonce assez rapidement. Par chance, j’arrive complètement par hasard devant le Suolovuopmi Fjellstue, un établissement où je découvre pour la première fois une pâtisserie extraordinaire : la kanelbolle, une brioche à la cannelle qui me rend une énergie immédiate.

Pour la nuit, ce sera de nouveau bivouac : je m’arrête sur une autre zone de pique-nique qui semble déserte, et après un petit tour d’observation, je m’installe face à d’énormes et magnifiques chutes d’eau. Le montage est cependant assez pénible en raison de la très forte présence de moustiques que mon répulsif acheté en Belgique ne semble guère affecter…

Une fois installé, voilà qu’un couple de promeneurs décide d’emprunter le sentier à côté duquel ma tente est montée, et passe à quelques centimètres de mon vélo. Leur attitude est cependant plutôt bienveillante, ils s’excuseraient presque. Mais je n’ai vraiment pas le droit de les considérer comme des intrus : je m’aperçois en effet un peu tard que l’étroit sentier en question est le seul qui mène à un joli point de vue permettant d’admirer ces fameuses chutes (dont le nom local est Pikefossen en norvégien et Nieidagorži en same du nord, la langue parlée en Laponie).

Repos, oui mais pas trop ! J’ai décidé de faire un sérieux tri dans mes bagages, afin d’alléger un peu le tout. Au moment de la préparation, certaines choses m’apparaissaient utiles, quitte à ne les utiliser qu’une fois ou deux au cours des trois mois prévus pour cette traversée de l’Europe, mais sur la route, la perception de ce qui est indispensable ou non change assez radicalement…

J’arrive finalement à rassembler une bonne dizaine de kilos (!) de matériel qui m’apparaît à présent superflu, et qu’il me « suffit » de renvoyer en Belgique. Il y a une agence DHL à quelques kilomètres du camping, c’est la solution rêvée. Oui mais voilà, arrivé sur place, la préposée m’annonce qu’il ne s’agit que d’un point-relais et qu’ils ne font pas d’envoi. Elle me donne gentiment les coordonnées d’une agence de transport dont elle pense qu’elle pourra m’aider. C’est à huit kilomètres mais qu’importe, je suis de toutes façons plus léger qu’à l’accoutumée vu que j’ai laissé ma remorque au camping.

Arrivé sur place, personne… Les hangars sont ouverts, mais les bureaux sont fermés. J’attends un bon quart d’heure que quelqu’un apparaisse, mais c’est peine perdue. Je décide donc de passer par un bureau de poste classique, ce qui est la solution que j’aurais dû choisir dès le début. Une gentille préposée me donne différents formats de boîtes en carton afin que j’y arrange mes effets au mieux, puis m’aide à remplir les documents qui ne sont rédigés qu’en norvégien.

Finalement mes colis sont prêts à partir, et je retourne au camping un peu plus léger pour admirer, en fin de journée, ce qui m’a été annoncé comme le tout dernier jour du soleil de minuit.

59,50 km (Total : 268,35 km)

471 m D+ (Total : 2 721 m)

Réveil en douceur : le vent est tombé, ou presque. Je sors de ma tente, quelques oiseaux crient (« chantent » n’est pas vraiment le mot adéquat). Après un petit déjeuner rudimentaire, je démonte mes installations et reprends la route direction Alta. Trois grosses côtes au programme du jour.

La pluie arrive rapidement, accompagnée d’une brume assez intense par endroits, et du retour du vent. Il est désagréable, mais acceptable en comparaison des jours précédents.

La fin du parcours consiste en une descente plutôt longue, ce qui me réjouit d’autant plus que la pluie et le vent ont cessé. J’arrive assez vite en vue de la ville, mais il me reste une bonne quinzaine de kilomètres à parcourir avant d’arriver à destination : je souhaite en effet trouver un hébergement pour deux nuits, afin de prendre un peu de repos d’abord, et de faire un tri parmi mon matériel ensuite, afin de l’alléger quelque peu.

Après avoir un peu galéré, j’aboutis enfin au camping Alta River, où on me propose une chambre attenante à une cuisine bien propre et bien équipée, partagée avec deux autres logements similaires au mien.

42,87 km (Total : 208,85 km)

489 m D+ (Total : 2 250 m)

Pas mal de côtes au menu, aujourd’hui : il va falloir s’accrocher même si le vent semble un peu plus faible que la veille. Je démarre sous une légère bruine. Dans cette zone arctique, la différence d’environnement est très sensible dès qu’on monte en altitude : les arbres disparaissent assez rapidement pour faire place aux paysages typiques de la toundra (graminées, lichens, mousses, arbrisseaux…).

J’arrive sur une sorte de plateau désert traversé uniquement par la route quasi en ligne droite que j’emprunte tant bien que mal, où les véhicules sont nombreux et roulent à vive allure. Je suis étonné de voir à peu près un tiers de voitures classiques, un tiers de camping-cars ou caravanes, et un tiers de… Tesla. Les conducteurs de camping-cars sont particulièrement effrayants : il passent bien trop près de moi, ne se rendant sans doute pas compte de l’impact énorme que le fort vent latéral a sur mon équilibre et ma façon d’avancer.

Vers 17h30, je n’ai fait que la moitié de ce que j’avais prévu, mais je décide néanmoins d’écourter mon étape : il est encore une fois impossible d’avancer à cause de ce satané vent. J’emprunte donc le premier chemin venu, dans la broussaille, afin d’y établir mon bivouac pour la nuit. Après une petite heure d’observation des lieux où je vois une caravane inoccupée et une hytte en construction (sorte de résidence secondaire tout en bois) au pied de laquelle je distingue clairement une échine de renne et quelques os épars, je décide de m’installer quand même étant donné le peu de chances de rencontrer qui que ce soit, humain ou animal.

Je dresse d’abord mon tarp (abri anti-vent) tant bien que mal pour me préparer à manger sur mon petit réchaud à gaz, puis c’est au tour de la tente. J’aurais pu m’énerver tant le vent semblait s’amuser à m’empêcher de manipuler les toiles qui claquaient dans tous les sens mais la fatigue aidant, je me surprends à trouver ça assez drôle et à rire tout seul.

 

 

 

 

80,38 km (Total : 165,98 km)

594 m D+ (Total : 1 761 m)

Après une première nuit passée dans cette confortable caravane, je reprends la route sous une pluie légère.

Sur le trajet, comme la veille, plusieurs automobilistes me font des signes amicaux, et l’impression d’hier se confirme : la très grande majorité des conducteurs norvégiens se montre très respectueuse des cyclistes, ce qui est plutôt rassurant.

Au fur et à mesure de mon avancée, le paysage change insensiblement : les collines arides se couvrent petit à petit de végétaux plus costauds, et les premiers arbustes font leur apparition. Ce sont bientôt des forêts qui jalonnent mon parcours, mais pas encore comme celles que l’on connaît dans ma région d’origine : celles-ci sont composées principalement de petits bouleaux plutôt chétifs et tortueux, mais au feuillage très dense.

Les derniers kilomètres du jour sont très éprouvants : le vent est dangereusement fort et variable, et m’oblige à descendre de vélo assez fréquemment, comme la veille. Par moments, il est même impossible d’avancer en poussant le vélo : je suis obligé d’écarter les jambes pour donner l’équilibre nécessaire à mon équipage afin d’éviter qu’il ne tombe à la renverse (et moi avec lui). Une rafale particulièrement violente va jusqu’à arracher mon garde-boue arrière pour l’expédier à des dizaines de mètres en quelques secondes à peine.

Je n’ai pas encore le courage de m’essayer au bivouac. Je cherche donc un camping ou toute autre solution « en dur » pour passer cette deuxième nuit. C’est trempé et fourbu que je trouve enfin, vers 21h30, le Repparfjord Camping og Misjonssenter qui peut m’accueillir dans une toute petite chambre à l’aspect monacal. Ce qui m’étonne finalement assez peu étant donné l’omniprésence de crucifix et autres symboles religieux disséminés un peu partout. Ce n’est donc pas une surprise non plus de découvrir un Nouveau Testament déposé bien en vue sur la petite table de ma chambre.

85,6 km

1 167 m D+ 🥈

Cette toute première étape s’est révélée plus dure que ce que j’avais imaginé : il a d’abord fallu me réhabituer à la conduite particulière d’un vélo très lourd (c’est un TX-400 en acier de la marque allemande VSF Fahrradmanufaktur, qui pèse déjà 16 kilos à vide) avec une remorque, deux sacoches à l’avant, deux autres à l’arrière, une cinquième au guidon, plus quelques éléments supplémentaires fixés sur le cadre et sur le porte-bagages, pour un total que je vous laisserai découvrir en toute fin de ce blog (comme je l’ai moi-même découvert en fin de voyage puisque je n’ai même pas pris la peine de peser quoi que ce soit avant le départ).

Au Cap Nord en été, le climat peut être très variable, y compris dans la même journée. Les pluies diluviennes de la veille n’annonçaient rien de bien réjouissant pour le grand départ. Par chance, la pluie a cessé au moment de prendre la route, mais le vent était assez fort, et il l’est resté pendant plusieurs jours… J’ai donc dû m’adapter le plus rapidement possible : les rafales de vent demandent en effet des efforts considérables pour maintenir le vélo en équilibre. Il m’a d’ailleurs fallu plus d’une fois descendre de vélo et marcher, même en descente.

Mais les paysages que je découvre sont absolument fantastiques ! Pas un arbre à l’horizon, juste des étendues arides où vagabondent quelques rennes, des chutes d’eau impressionnantes, la côte très découpée, et de nombreux arcs-en-ciel vu le climat très changeant.

Beaucoup d’automobilistes m’adressent des signes amicaux, certains me photographient voire s’arrêtent carrément juste pour faire un brin de causette, en anglais la plupart du temps, mais aussi en italien. C’est plutôt inattendu, mais toujours sympa.

« Le » point difficile du parcours de cette première journée, c’est la traversée du tunnel de 6,8 kilomètres entre l’île et le continent : d’abord 3 kilomètres en descente à 10% suivis de 800 mètres de plat, puis 3 kilomètres de remontée quasiment aussi raide que la descente (9%). Il n’y a aucune infrastructure destinée aux cyclistes, mais tous les conducteurs ont un comportement plutôt respectueux des usagers faibles.

Et dans ce tunnel, un autre souci se pose : à chaque dépassement, c’est une vraie épreuve pour les oreilles ! Le bruit des véhicules couplé à celui des énormes ventilateurs d’extraction est en effet particulièrement assourdissant.

Pour la première nuit, le bivouac n’est pas envisageable : trop de vent et de pluie, et aucune possibilité de trouver une zone à l’abri des éléments ou des regards des automobilistes de passage. J’ai heureusement la chance de dénicher une caravane résidentielle en location dans un overnatting (« hébergement » en norvégien) : le Repvåg Overnatting Nordkapp, devenu depuis North Cape Accomodation.

Je ne le saurai que bien plus tard, mais le dénivelé du jour sera le deuxième en importance de tout le voyage : une fameuse entrée en matière !

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