🇪🇸 Jour 87 : Torrepalma > Lebrija

86,09 km (Total : 6 351,55 km)

401 m D+ (Total : 41 709 m)

À mon grand désarroi, c’est le ventre creux que je quitte l’hôtel peu avant dix heures. Par chance, à quelques dizaines de mètres à peine, un bar que je croyais définitivement fermé en raison de la saleté des vitres est en fait bel et bien ouvert, et un laveur de vitres est très affairé à lui donner un aspect présentable. Visiblement, c’est la proximité de l’autoroute et la sécheresse du sol qui voilent les vitres en quelques heures à peine, donnant une fausse impression de négligence voire d’abandon. Je me précipite donc à l’intérieur pour y commander, comme à mon habitude, deux petits déjeuners.

Après un ou deux kilomètres sur une piste de terre très poussiéreuse où je suis rejoint par un groupe de vététistes qui lèvent le pouce en me dépassant (c’est sans doute une habitude gestuelle locale), je me retrouve sur une route de moyenne importance qui m’amène dans la banlieue de Sevilla. Au fur et à mesure de mon approche, les routes gagnent en importance et en fréquentation. J’ai parfois le sentiment d’être sur une autoroute, où j’emprunterais la bande d’urgence. Ça me donne l’impression d’être dans l’illégalité la plus complète, mais les quelques cyclistes que j’aperçois de temps à autre me confirment que c’est bel et bien autorisé, ou en tout cas toléré. De toutes façons, il n’y a pas le choix… Par sécurité, j’emprunte cependant à chaque fois que l’occasion se présente la vía de servicio parallèle, généralement déserte.

L’Andalousie que je traverse en ce moment n’a rien de commun avec l’imagerie habituelle : tout me paraît extrêmement sale. Je ne compte plus les détritus en tout genre et en grande quantité qui jonchent les abords des routes ou emplissent les fossés. Cette impression désagréable sera encore amplifiée dans la seconde moitié de l’itinéraire, car de grands champs de coton récemment balayés par les vents ont projeté un peu partout de l’ouate qui se mélange à la poussière pour former des agrégats assez répugnants. Le très mauvais état des routes n’arrange rien à ma perception, je suis donc heureux de constater que les canaux que je finis par longer dans d’interminables lignes droites abritent d’abondantes populations d’oiseaux : ce petit plaisir fera diversion.

J’arrive en fin de journée dans la petite ville très sinueuse de Lebrija, où je suis accueilli dans un petit hôtel aménagé avec goût : le Mellizo se caractérise par un style hybride à la fois moderne et contemporain, tout en étant respectueux des traditions architecturales locales.

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